28/07/2026
Chaleur dans le DUERP

Froid glacial, chaleur écrasante : peut-on vraiment travailler par tous les temps ?

Chaque été, la même question revient sur le tapis :

« Jusqu’à quelle température peut-on travailler dehors sans danger ? »

Et l’hiver ? « À partir de combien de degrés faut-il arrêter de travailler dans le froid ? »

Ces interrogations, simples en apparence, soulèvent en réalité des enjeux bien plus complexes. Car non, il n’existe pas de température magique unique. Tout dépend du poste, de l’activité physique, de l’exposition, des équipements, etc.

Employeurs, préventeurs, responsables HSE : cet article est là pour vous.

On vous explique ce que dit la loi, comment évaluer les ambiances thermiques dans votre entreprise, et surtout comment les intégrer dans votre Document Unique (DUER).

Un sujet brûlant… ou glaçant ! Mais surtout incontournable.

Ambiances thermiques : définition et cadre réglementaire

Définition

L’ambiance thermique désigne l’ensemble des conditions climatiques auxquelles un salarié est exposé dans son environnement de travail. Elle est caractérisée par plusieurs facteurs physiques :

  • La température de l’air
  • L’humidité relative
  • La vitesse de l’air (courants d’air)
  • Le rayonnement thermique (ex. : soleil, fours industriels)
  • La charge métabolique (intensité de l’activité physique)

 

L’ambiance thermique s’appuie donc plus sur un ressenti que sur une température à proprement parler, d’où la difficulté pendant des années à mettre un cadre précis définissant les limites supérieures et inférieures.

 

Ces facteurs influencent le confort thermique du salarié mais aussi sa santé, sa sécurité et sa performance. Lorsqu’ils sortent des zones de confort, on parle de stress thermique (chaud ou froid), qui peut entraîner des troubles physiologiques (malaises, hypothermie, déshydratation, etc.).

 

Cadre réglementaire

La réglementation au sujet des ambiances thermiques est assez large en France. Elle est indiquée dans l’article R4213-7 du code du travail « Les équipements et caractéristiques des locaux de travail sont conçus de manière à permettre l’adaptation de la température à l’organisme humain pendant le temps de travail, compte tenu des méthodes de travail et des contraintes physiques supportées par les travailleurs » (www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000018532529). La réglementation indique également que l’employeur doit mettre à disposition de l’eau potable et fraiche sans cadre d’ambiance climatique.

(https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000018489039/#LEGISCTA000018532173).

 

Un décret datant du 27 mai 2025 a permis de préciser les limites imposant aux entreprises de mettre des actions en place liés à la chaleur.

 L’article R. 4463-1 du code du travail dit que « pour l’application du présent chapitre, l’épisode de chaleur intense est défini, dans des conditions déterminées par arrêté des ministres chargés du travail, de l’environnement et de l’agriculture, par référence à un dispositif développé par Météo-France pour signaler le niveau de danger de la chaleur. »

(https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051676074)

L’évaluation des ambiances thermiques est prévue dans le code du travail au même titre que les autres familles de risques (article 4121-1 du code du travail). Mais afin d’enlever tout doute à sa réalisation, un texte spécifique a été rédigé :

« Art. R. 4463-2. – L’employeur évalue les risques liés à l’exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense, en intérieur ou en extérieur. »

« Lorsque l’évaluation identifie un risque d’atteinte à la santé ou à la sécurité des travailleurs, l’employeur définit les mesures ou les actions de prévention prévues au III de l’article L. 4121-3-1. » (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051676074)

Pourquoi intégrer les risques thermiques dans le DUER ?

Il est primordial d’intégrer le risque thermique dans votre évaluation des risques, même si cela ne concerne que les épisodes de canicule car c’est une vraie situation dangereuse. Certes, elle est ponctuelle mais représente un réel facteur de risques.

Lors d’accident en été, la cause sera rarement la chaleur à proprement parler, sauf en cas de malaise ou déshydratation. Mais c’est un réel facteur de risques, si une analyse des risques été réalisée, il y a de grandes chances l’été que vous trouviez le terme chaleur, ou fatigue liée à la chaleur. Ne pas l’intégrer reviendrait à dire qu’elle n’a pas d’impact. Or c’est faux.

Il existe 3 enjeux primordiaux liés aux ambiances thermiques impliquant la prise en compte et la mise en place d’actions :

  • Enjeux économiques : une hausse de l’accidentologie impact forcément l’entreprise que cela soit directement avec le taux de cotisation ou indirectement avec l’absentéisme, la baisse de production, des retards, etc.
  • Enjeux juridiques : des obligations réglementaires sont présentes et des recommandations de la CARSAT et de l’INRS viennent compléter cet horizon. Le non-respect de ces dispositions et la mise en danger de la vie d’autrui peut entrainer des procédures juridiques pour l’entreprise. 

Prendre en compte cette famille de risque permet au contraire d’enclencher des actions de prévention. Cela permet d’avoir le sujet dans les radars et de continuer de s’améliorer chaque année.

Méthodes d’évaluation : comment repérer les ambiances thermiques ?

Afin de repérer les ambiances thermiques, je vous recommande de suivre ces étapes :

  1. S’informer sur les ambiances thermiques via l‘INRS et les CARSAT.
  2. Prévoir un temps d’échange avec les acteurs de terrain afin de poser des questions sur :
    1. Les zones
    2. Les activités
    3. Les horaires

3.Faire une visite terrain pour constater et chercher les éléments non remontés.

Voici un check list afin de bien repérer les différents éléments importants :

Exposition à la chaleur

  • Travaux réalisés en extérieur (BTP, voirie, espaces verts, agriculture, logistique).
  • Travaux dans des locaux clos mal ventilés avec sources de chaleur (fours, presses, cuisines, fonderie, blanchisserie…).
  • Machines ou équipements générant beaucoup de chaleur (moteurs, chaudières…).
  • Exposition lors de canicules ou vagues de chaleur (>30 °C).
  • Port d’EPI isolants/étanches limitant la régulation thermique.
  • Organisation sans pauses adaptées ni accès facilité à l’eau.

 Exposition au froid

  • Travaux en extérieur l’hiver (chantier, collecte de déchets, maintenance, surveillance).
  • Travail en chambres froides, entrepôts frigorifiques, manutention de surgelés.
  • Port d’EPI spécifiques (gants, combinaisons isothermes).

 Facteurs humains

  • Présence de salariés sensibles (pathologies, traitement médical, âge, femmes enceintes).
  • Nouveaux arrivants, intérimaires, jeunes travailleurs non acclimatés.
  • Activités nécessitant un effort physique intense (manutention, port de charges, travail soutenu).

Organisation et environnement

  • Travail posté ou horaires fixes non adaptables aux conditions météo.
  • Locaux sans ventilation, climatisation ou chauffage adaptés.
  • Bâtiments mal isolés (toiture métallique, parois fines).

 Surveillance et mesures

  • Mesures de température / humidité / vitesse de l’air effectuées (thermomètre, globe WBGT).
  • Seuils internes d’alerte définis.

 Moyens de prévention existants

  • Mise à disposition d’eau potable et fraîche (R.4225-2 à 4).
  • Locaux ou zones de repos climatisés/chauffés disponibles.
  • Pauses régulières aménagées en cas de chaleur ou de froid extrême.
  • Possibilité d’adapter les horaires ou organisation du travail.
  • Sensibilisation des salariés aux signes d’alerte (coup de chaleur, hypothermie, gelures).
  • Plan canicule / plan grand froid ou intégration dans le PCA/PSE.

Santé et suivi

  • Médecin du travail consulté pour avis ou restrictions médicales.
  • Suivi individuel renforcé prévu pour les postes exposés.
  • Indicateurs RH montrent une hausse d’accidents, malaises ou AT lors de vagues de chaleur/froid.

DUER : exemple d’intégration des ambiances thermiques

Une fois que toutes les situations de travail concernées sont identifiées, il est important de les intégrer à votre évaluation des risques dans votre DUER. Afin de bien coter votre situation dangereuse, je vous encourage à utiliser l’outils gratuit Excel de l’INRS qui vous permettra d’être homogène dans votre cotation et de ne pas sous-estimer ou surestimer votre situation : Ambiances thermiques : outil d’évaluation

 

Une évaluation des risques ambiances thermiques peut ressembler à cela :

Situation dangereuse

Fréquence

Gravité

Criticité initiale

Moyens existants

ME

Criticité finale

Travail d’entretien des espaces verts en période estival lors d’une canicule

2

2

4

· Adaptation des horaires de travail (5h-13h)

· Eau fraiche et potable mise à disposition dans des glacières en libre-service

· Vêtements de travail adaptés mis à disposition (casquette ou chapeau, tenue d’été)

0,5

2

Fréquence de 1 (rare) à 4 (quotidien)

Gravité de 1 (bénin) à 4 (mortel)

Moyens existants de 1 (aucune action de prévention); 0,75 (quelques actions de prévention, peu efficace); 0,5 (des actions de prévention efficaces); 0,25 (actions de prévention très efficaces); 0 (risque supprimé)

 

Il convient d’être suffisamment précis dans la description de la situation dangereuse et de ne pas faire qu’une ligne pour tous les salariés. L’impact sera complétement différent entre de l’administratif, des travaux d’extérieur, du travail actif etc. Un juste milieu en accord avec votre niveau d’évaluation des risques déjà effectués.

 

Plan d’action/ PAPRIPACT : piste de moyens de prévention

Lorsque l’évaluation des risques est finalisée, et que vous avez hiérarchisé les situations dangereuses prioritaires, vous devrez peut-être mettre en place de nouvelles actions (dans votre plan d’action ou PARIPACT). Afin de vous aider, voici des pistes concrètes d’actions :

 

A- Appliquer les actions de prévention du code du travail (en bleu, les précisions proposées par Propuls’) :

La réduction des risques liés à l’exposition aux épisodes de chaleur intense, prévue au second alinéa de l’article R. 4463-2 se fonde, notamment, sur :

1° La mise en œuvre de procédés de travail ne nécessitant pas d’exposition à la chaleur ou nécessitant une exposition moindre (ex : travail effectué dehors fait en intérieur ou décalé à une autre période de l’année)

La modification de l’aménagement et de l’agencement des lieux et postes de travail (bureaux et espaces de travail en rez-de-chaussée au nord, archive au sud par exemple)

3° L’adaptation de l’organisation du travail, et notamment des horaires de travail, afin de limiter la durée et l’intensité de l’exposition et de prévoir des périodes de repos (ex : changer pour des horaires types 5h-13h ou une coupure plus grande entre 12h et 15h, cela peut également consister à affecter les équipes exposées à des tâches plus sédentaires.)

4° Des moyens techniques pour réduire le rayonnement solaire sur les surfaces exposées, par exemple par l’amortissement ou par l’isolation, ou pour prévenir l’accumulation de chaleur dans les locaux ou au poste de travail

5° L’augmentation, autant qu’il est nécessaire, de l’eau potable fraîche mise à disposition des travailleurs (ex: via des glacières, fontaines, offrir des gourdes thermos, etc.)

6° Le choix d’équipements de travail appropriés permettant, compte tenu du travail à accomplir, de maintenir une température corporelle stable (ex: casquette, tenue en coton léger, tenue claire, etc.)

7° La fourniture d’équipements de protection individuelle permettant de limiter ou de compenser les effets des fortes températures ou de se protéger des effets des rayonnements solaires directs ou diffusés

8° L‘information et la formation adéquates des travailleurs, d’une part, sur la conduite à tenir en cas de forte chaleur et, d’autre part, sur l’utilisation correcte des équipements de travail et des équipements de protection individuelle de manière à réduire leur exposition à la chaleur à un niveau aussi bas qu’il est techniquement possible. (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051676074)

 

B- Surveillance et alerte

Mettre en place un système permettant de déterminer, pour chaque situation dangereuse, à partir de quel moment les actions de prévention doivent être mises en œuvre lorsqu’elles dépendent d’une période. Suivre les bulletins météo (alerte canicule ou grand froid).

  • Définir des seuils internes déclenchant automatiquement des mesures renforcées (ex. pauses toutes les 2h dès 30 °C, limitation du travail en extérieur en vigilance rouge).
  • Vérifier régulièrement les températures et conditions d’ambiance sur site (thermomètre, hygromètre, globe WBGT).
  • Mettre en place un système interne d’alerte (chef d’équipe, affichage, SMS).

 

C- Suivi médical et accompagnement

  • Solliciter le médecin du travail pour avis sur les postes sensibles.
  • Mettre en place un suivi renforcé pour les salariés fragiles (maladies chroniques, traitement médical, âge, grossesse).
  • Prévoir une procédure de déclaration et de suivi des malaises ou accidents liés aux conditions thermiques.

 

D- Suivi et amélioration continue

  • Intégrer le risque “ambiances thermiques” au DUER et aux plans de prévention (PDP, PPSPS, protocole sécurité).
  • Évaluer régulièrement l’efficacité des mesures mises en place.
  • Analyser les AT/malaises liés à la chaleur ou au froid pour corriger les pratiques.
  • Suivre des indicateurs (absentéisme, arrêts maladie, accidents en période de chaleur/froid).

La prise en compte de ce sujet vous permettra de vous mettre en conformité réglementaire, de limiter vos accidents du travail et de maintenir une productivité proche de la normale.

Clélia Grange

Clélia GRANGE

Cheffe de projet S&ST et RSE

Référente SST et Risques Physiques, Clélia saura également vous accompagner dans la mise en place de votre RSE/RSO avec pédagogie et bienveillance.