Lorsqu’un salarié fait un malaise, se blesse ou est victime d’un accident, l’entreprise sait généralement comment réagir. Des salariés sont formés, des procédures d’alerte existent et les services de secours peuvent être mobilisés rapidement.
Le Sauveteur Secouriste du Travail, ou SST, s’inscrit depuis longtemps dans cette logique de proximité : intervenir dans les limites de son rôle, réaliser les gestes adaptés et passer le relais aux professionnels compétents lorsque la situation l’exige.
Mais que se passe-t-il lorsqu’un salarié présente des signes persistants de mal-être, traverse une crise d’angoisse, se retrouve en état de sidération, manifeste une forte désorganisation ou tient des propos suicidaires ?
Dans ces situations, la réponse de l’entreprise est souvent moins immédiatement lisible.
Managers, collègues, représentants du personnel ou professionnels RH peuvent percevoir qu’une personne va mal sans toujours savoir comment l’aborder, ce qu’ils peuvent faire, ce qu’ils doivent éviter ou vers quel interlocuteur l’orienter.
Cette différence pose une question centrale en matière de santé au travail : pourquoi structurer une capacité de secours face aux atteintes physiques sans organiser également une capacité d’intervention face au mal-être, à la détresse ou aux crises touchant la santé mentale ?
Car la santé au travail comporte bien deux dimensions : physique et mentale.
La prévention des risques professionnels ne peut donc pas se limiter aux accidents corporels. Elle doit également permettre à l’organisation d’anticiper les situations susceptibles d’affecter la santé mentale et de savoir comment agir lorsque des signes ou une crise apparaissent.
C’est dans cette logique qu’a été conçu le STSM – Secouriste du Travail en Santé Mentale.
Le STSM est un acteur de proximité formé pour repérer des signes de mal-être ou de détresse, entrer en relation avec la personne, spécifier la situation, orienter vers les ressources adaptées et, lorsque le contexte l’impose, contribuer à sécuriser une situation relevant d’une logique de secours.
Son intervention est volontairement non médicalisante : il ne diagnostique pas, ne soigne pas et ne se substitue ni aux professionnels de santé, ni aux RH, ni au management.
Le parallèle avec le SST devient alors particulièrement éclairant.
Le SST contribue à la capacité d’intervention de l’entreprise face aux atteintes physiques.
Le STSM vise à structurer une capacité comparable dans son principe face aux situations touchant la santé mentale au travail.
Le cadre réglementaire doit être distingué des dispositifs utilisés pour y répondre. Le Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des travailleurs et d’organiser les premiers secours. Il prévoit également, dans les situations visées à l’article R.4224-15, qu’un membre du personnel reçoive la formation de secouriste nécessaire pour donner les premiers secours en cas d’urgence.
Le Code du travail n’impose en revanche ni le dispositif SST ni le dispositif STSM en tant que tels. Le SST constitue la réponse historiquement structurée sur le champ du secours physique ; le STSM a été conçu pour apporter, sur le champ de la santé mentale au travail, une capacité d’intervention de proximité complémentaire. Le rapprochement entre les deux est donc fonctionnel et organisationnel, et non fondé sur une obligation réglementaire attachée à leur appellation.
Cette complémentarité ouvre une nouvelle manière de penser les secouristes en entreprise :
Santé physique → SST
Santé mentale → STSM
Secourisme en entreprise → SST + STSM
L’enjeu n’est donc plus seulement de sensibiliser à la santé mentale au travail.
Il est de savoir comment l’entreprise organise concrètement sa capacité à agir lorsqu’une situation survient.